JNI/Couronnes 2019

Les Caisses gestionnaires fustigent, elles aussi, la réforme des retraites

Le 06/12/19 à 18h10

par

Thibaud Vadjoux

Lors de la Journée Nationale des Investisseurs, les investisseurs institutionnels ont exprimé leurs fortes inquiétudes sur le futur régime.
Instit Invest et L'Agefi organisaient la JNI ce 5 décembre à Paris - Photo : Table ronde sur les retraites

Les investisseurs institutionnels réunis à la Journée Nationale des Investisseurs (JNI) organisée par l’Agefi et Instit Invest, ont partagé d'une certaine manière le mécontentement des syndicats contre la réforme des retraites, jeudi 5 décembre, jour de grève.

 « On s’oriente vers une étatisation du système (complémentaire,ndlr) qui sera piloté par une loi de financement de la Sécurité sociale. L’Etat sera présent à tous les niveaux, de la collecte des cotisations jusqu’au calcul des droits et la définition des paramètres du régime. Les partenaires sociaux se retrouveront dépossédés du pilotage, leur rôle risque de ne plus être que consultatif », a taclé Lionel Tourtier, président de Générations Eric et expert des retraites lors du panel Retraites. Les caisses de retraite libérales estiment que leur rôle de gestionnaire va se réduire comme peau de chagrin. Elles ne disposeront que d’un siège dans le futur conseil d’administration du régime unifié. « Avec un siège sur 26, nos caisses pourront au mieux présenter un membre tous les 10 ans », a ironisé Alain Pestre, directeur financier de la CAVP qui gère la retraite complémentaire des pharmaciens. Les caisses de retraites, amenées à disparaître, s’interrogent sur le pouvoir de décision réel qu’exercera ce conseil. « Qui décidera de la valeur du point ? On ne sait pas », a lancé Sylvie Malécot, directeur de l’AF2I, l’association des investisseurs institutionnels.

Baisse des pensions

Les concertations avec Jean-Paul Delevoye devraient reprendre début 2020. « Seuls les syndicats ont été reçus jusqu’à présents. Les caisses se concertaient ensuite avec les syndicats pour évaluer notamment les projections du gouvernement sur les sujets les plus techniques », a précisé Henri Chaffiotte, directeur général de la CARMF qui s’occupe de la retraite complémentaire des médecins. Or, les caisses ont sorti leurs calculettes et assurent que les pensions vont baisser davantage que ce qu'anticipe le projet de Jean-Paul Delevoye. « On prévoit des baisses allant jusqu’à 37% pour les médecins, de 12% pour les avocats, de 8% pour les pilotes de l’air et personnel naviguant », a présenté Lionel Tourtier. La réduction des pensions ne concernera pas que les professions libérales. « Le rendement du futur régime de retraite, c’est-à-dire le rapport entre le montant des pensions de retraite perçues par un retraité et le montant des cotisations versées au régime pendant sa carrière, sera de 4,95%. Or, le rendement du régime général aujourd’hui est de 6,5% et celui de l’Agirc-Arrco de 5% », a indiqué Henri Chaffiotte. « Le régime est universel dans le sens où tout le monde y perd », a-t-il raillé.

Le montant des réserves qui seront mises en commun dans un futur Fonds de Réserve Universel (FRU), est flou. Les réserves sont d'environ 150 milliards d’euros actuellement. Rappelant le rôle du FRU, Sylvie Malécot a expliqué qu'il "ne sera pas un fonds de pension, puisqu'en tant que fonds de réserves, il va gérer des risques et non pas des engagements. Le FRU devrait donc idéalement avoir deux types d'actifs: ceux servant à gérer les chocs conjoncturels comme une crise économique et financière et ceux servant à assurer une gestion des risques de long terme et offrir un rendement financier de long terme. Cette dernière poche devrait être beaucoup plus importante, équivalent à deux années de cotisations minimales selon nos calculs », a-t-elle expliqué. "Sachant que deux années de cotisations pour la poche de long terme, c'est près de 700 milliards d'euros, on en est loin", a commenté Lionel Tourtier.  « Pour rappel, au départ le Fonds de Réserve pour les Retraites (FRR) devait être calibré à 1.000 milliards de francs et il en a 35 milliards d'euros aujourd’hui. Si ça fait la même chose pour le FRU, on n'ira pas loin », a estimé Henri Chaffiotte.

Questions sur la gestion

La représentante de l'Af2i a ajouté que pour éviter que le FRU soit "la variable d'ajustement et qu'il soit totalement étatisé, il faut qu'il soit exemplaire en termes de gouvernance et cette dernière soit indépendante de la Caisse nationale du régime universel. "

Quant à sa gestion d'actifs, l'Af2i souhaite qu'elle soit déléguée à plusieurs gestionnaires. Henri Chaffiotte a estimé que l'on pourrait prendre l'exemple du FRR qui "fonctionne bien et dont il faudrait décalquer le modèle pour le FRU". Quant à savoir si le FRU allait modifier les codes des relations entre les Caisses et les gestionnaires, le projet Delevoye "s'oriente vers une logique d'appels d'offres systématiques et publics", a estimé Sylvie Malécot, ce qui, a priori, sera plutôt défavorable aux petits gérants. Mais aujourd'hui le schéma semble plus diffus et la responsable a estimé qu'il fallait "être plus prudent". Ce qui est sûr c'est qu'il devra assurer la transparisation des portefeuilles, intégrer des contraintes extra-financières et prendre en compte de manière plus normée les risques climatiques.

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