Les Couronnes 2019

"Les fonds étrangers surperforment les fonds européens de 50 pb par an en moyenne"

Le 02/01/20 à 07h29

par

Réjane Reibaud

Lors des Couronnes 2019 d'Instit Invest et L'Agefi, l'AF2i a remis Le Prix Académique de l'AF2i récompensant l’excellence de la recherche appliquée à l’investissement à Linh Tran Dieu, professeur associée à l'Université Claude Bernard de Lyon. Instit Invest l'a interrogée sur sa recherche intitulée "Foreign-promoted mutual funds in the continental European market".
Linh Tran Dieu, Professeur associée, Université Claude Bernard Lyon 1

Pourquoi avoir mené une recherche sur les fonds mutuels étrangers distribués en Europe ?

Nous avons constaté que beaucoup d’études existaient sur les fonds mais qu’elles étaient surtout réalisées aux Etats-Unis et peu en Europe. Or, le marché européen a des caractéristiques qui lui sont propres. Il est très dominé par les banques et les compagnie d’assurance. Et le mode de distribution a un impact sur les fonds car les clients ne changent pas beaucoup de banque ou d’assureurs. Cela biaise la concurrence au sein du secteur.

Les autorités européennes ont voulu faciliter la compétition en donnant des outils comme le passeport européen. Leur idée étant d’aller vers un marché plus intégré et donc vers plus de concurrence. Grâce au passeport, sur un même marché les acteurs locaux se retrouvent en concurrence avec les fonds étrangers. Nous voulions donc savoir quel impact réel avait la présence des fonds étrangers sur les fonds locaux, sachant que j’appelle étranger tout fonds commercialisé en Europe auprès de la clientèle "retail" mais dont la nationalité de la société de gestion est en-dehors de l’Union européenne. A ma connaissance il s’agit de la première étude de ce genre.

Nous avons commencé en 2016 en utilisant un échantillon de 12.000 fonds actions dans 14 pays européens pour la période allant de 2002 à 2014 en utilisant la base de données Lipper. Notre recherche a été publiée l’an dernier.

Qu’avez-vous regardé exactement ?

Je me suis attachée à regarder la performance des fonds étrangers et à les comparer avec les fonds domestiques. J’ai retraité les performances constatées des différents frais, qui comprennent essentiellement les frais de gestion et les frais d’entrée et de sortie. J’ai également étudié les parts de marchés des fonds. Pour mesurer la performance des fonds et leur alpha, j’ai privilégié la rentabilité ajustée par rapport à la moyenne de l’industrie de son segment. Ensuite, j’ai réalisé des projections linéaires en comparant les performances des fonds étrangers et les fonds offerts par les promoteurs domestiques et en tenant compte d’autres variables de contrôle qui pourraient avoir un impact sur la performance comme la taille du fonds, son âge ou son style gestion… Je me suis demandée enfin, si la performance dépendait de l’origine des promoteurs. Pour vérifier la robustesse de mes résultats, j’ai regardé si on trouvait les mêmes résultats dans des sous-échantillons.

Quelles sont les principales conclusions ?

Les fonds étrangers surperforment les fonds d’origine européenne de 50 points de base par an en moyenne. Ce résultat demeure pour différents modèles de performance et reste aussi inchangé dans les différents sous-échantillons. Cette différence s'explique par le fait que les fonds étrangers ont des frais d’entrée plus élevés car ils doivent rémunérer des distributeurs locaux. Cela a une véritable implication pour les investisseurs. Leurs parts de marché sont aussi plus faibles, situées selon les pays entre 15% et 30% (en France, la part de marché des fonds étrangers est de 30%), car les distributeurs locaux, souvent des banques et des assureurs, privilégient leurs propres fonds. Il existe aussi un biais de la part des investisseurs eux-mêmes qui préfèrent souvent un fonds proche d’eux, plus local. Tout cela renforce les biais.

Il faut veiller à développer la connaissance financière des particuliers européens

Comment les éviter ?

Il est important pour les fournisseurs de développer des réseaux de distribution alternatifs à celui des réseaux bancaires ou d’assureurs. Il faut aussi que les régulateurs encouragent le développement des différents modes de distribution comme les plates-formes par exemple. Mais il ne faut pas oublier de les doter de conseillers car les investisseurs auront toujours besoin de conseils. Enfin, il faut veiller à développer la connaissance financière des particuliers européens car la sélection de fonds est compliquée et il faut des outils à la fois matériels et intellectuels pour pouvoir bien comparer tous les fonds.

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