Les professionnels contre une fixation de prix pour le PEPP

Le 12/06/19 à 11h50

par

Réjane Reibaud

Faire adopter ce nouveau produit sera d'autant plus difficile que les pays européens ont déjà tous des solutions d'épargne connues et adaptées.

Simplicité, transparence et liberté de prix. Ce sont les trois idées majeures que défendent les professionnels en attendant la touche finale aux textes européens devant permettre le lancement du PEPP (pan-European personal pension product) en Europe. "Nous sommes en faveur d'un PEPP qui soit aussi simple que possible, mais on sait qu'il y aura des difficultés d’implémentation dans les différents pays, cela prendra beaucoup de temps et ce n’est pas parce que nous voulons un produit simple qu’il le sera forcément", a ainsi déclaré Jean-François Boulier, président de l'Af2i lors des premiers EID (European Investors Days) de L'Agefi qui se sont tenus à Bruxelles le 6 juin dernier.

"Il ne faut pas oublier que l’idée de départ de la Commission européenne avec le PEPP était de proposer sur la base du volontariat un produit destiné à des individus tels que des créateurs d’entreprises ou des jeunes entrants sur le marché du travail et qui ont la capacité de choisir leur produit d’épargne. Mais notre crainte concerne les compétences réelles des jeunes face aux produits financiers. On voit bien que les pays du Nord (Suède, Danemark, etc) ont des niveaux élevés de connaissance. Mais pour le sud de l’Europe, comme le Portugal et l’Italie et certaines parties de la France, ou les pays de l’Est, la culture financière est moins forte", regrette Bruno Gabellieri, secrétaire général de l'association européenne des institutions paritaires (AEIP).

Faire adopter ce nouveau produit sera d'autant plus difficile que les pays européens ont déjà tous des solutions d'épargne connues et adaptées. Il n'est pas évident que cela séduise tous les travailleurs qui changent de pays. Les invités de la table ronde, qui s'intitulait "European Pension systems", ont mis en garde contre une implémentation du PEPP qui risque d'être longue et à laquelle il faudra ajouter un temps d'adoption par les consommateurs tout aussi long.

Si la Commission a réitéré son objectif de protection de ces derniers, elle a en tout cas renoncé à évoquer la garantie en capital mais, en contrepartie, souhaite instaurer une limitation des frais de gestion (à 1% pour le PEPP de base). Une décision qui déplaît aux professionnels. "Cela va aller à l’encontre de la volonté des régulateurs car ce n’est pas ça qui protège l’investisseur, au contraire. Ce qui est important, c’est la transparence sur les prix et que la concurrence soit forte pour permettre de faire baisser les prix de manière non régulée. Mais si vous plafonnez les prix, cela risque de limiter la concurrence et ne permettra plus un avantage concurrentiel à celui qui se lancera en premier sur ce nouveau marché", note Michele Troiani, responsable de la gestion des relations buyside en Europe pour le London Stock Exchange (LSEG).

Pour Jonathan Lipkin, président du comité des retraites à l'Efama (association européenne des gestionnaires d'actifs), il faut même "un équilibre entre la protection des investisseurs, qui est évidemment un élément essentiel du PEPP, mais aussi celle des acteurs qui l’offriront". De toute évidence, de nombreux membres de l'Efama sont dans les starting-blocks pour lancer le produit mais il manque encore quelques précisions notamment sur le niveau 2.

Rappelant que plusieurs directives retraites professionnelles ont échoué par le passé, Bruno Gabellieri estime même que le PEPP représente la "dernière chance de créer un marché européen des fonds de pension". Les directives précédentes ayant toutes échoué pour des raisons de droit social, de droit du travail et de droit fiscal trop différents selon les pays.

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